Aux PE, avec tout mon amour

Juste un coup de gueule. Parfois, ça fait du bien.

Je suis très chatouilleuse sur la question du handicap à l’école. Trèèès chatouilleuse. A tel point, voyez-vous, que je vais même en parler ici, alors que ça n’est pas le lieu, et maintenant, alors que ce n’est pas la saison. Mais j’en ai plus qu’assez de voir, jour après jour, comment ces mômes sont traités par l’éducation nationale.

Cette année, je suis professeur principal. Oui. Que les prêtres de l’égalité entre hommes et femmes m’égorgent sur l’autel de la dictée inclusive, je suis professeur principal – et j’estime qu’il y a d’autres moyens de faire progresser les mentalités, mais ceci est un autre débat.

Dès les premiers jours de l’année, des parents ont souhaité me voir pour me parler des « difficultés de leur enfant ». C’est assez rare dans mon établissement. Intriguée, je reprends mes notes de la réunion Passerelle. Pour ceux qui ignorent le fonctionnement d’un REP, une courte explication : tous les ans, en juin, les directeurs de chaque école du réseau viennent au collège nous informer sur le niveau scolaire et le comportement de chaque élève afin que nous puissions créer des classes équilibrées, poursuivre les aides mises en place, etc. C’est une réunion fort utile, qui porte le doux nom de Passerelle, mais qui n’est pas une partie de plaisir puisqu’on évoque le cas de tous les élèves. Imaginez un conseil de classe, mais qui concerne un niveau entier : c’est ça. 

Je reprends donc mes notes. Je lis que l’enfant ne fournit aucun travail personnel, et qu’il déforme les faits auprès de ses parents pour être plaint. Me voilà méfiante, pour le moins.

Je rencontre les parents. On m’explique que l’enfant est charmant et joyeux, mais qu’il a de grandes difficultés en orthographe. Je souris : je ne connais pas d’élève dont l’orthographe soit acceptable. La discussion se poursuit. Peu à peu, les indices s’accumulent, au point que je finis par demander s’ils ont songé à lui faire passer un bilan orthophonique. Et là, je tombe des nues : « Ben non, à l’école ils ont dit que c’était pas la peine, qu’il devait juste se concentrer un peu plus. » Je bouillonne. Je ne dis rien. Je leur conseille de faire le bilan le plus vite possible.

Ce qu’ils ont réussi à faire. Aujourd’hui, j’ai posé mes yeux sur ledit bilan : dyslexie et dysorthographie évidentes, indiscutables. Depuis deux ans, moment où cela aurait dû être soupçonné, il n’a aucune aide. Rien que le jugement définitif d’un adulte qui n’a pas pu le dresser comme les autres. Les parents ne se sont pas privé de dire au directeur de l’école le fond de leur pensée, et je les comprends : moi aussi, j’ai envie de hurler.

Mais c’est facile de s’en prendre à un PE. Si facile que personne ne s’en prive. Premier maillon de la chaîne éducative, dernier considéré par une société toute entière, malade des choix qu’elle continue de faire en contemplant ses néfastes effets. 

Et moi, en tant que mère d’enfant handicapé, ce n’est pas au maître de mon élève que je pense ce soir, non. Ce soir, je pense à la première maîtresse de mon fils, qui a su, enceinte, avec un bébé en bas âge, et souffrant d’une sciatique, activer tous les ressorts utiles pour lui avant de partir en congé maternité.  Je pense à la directrice qui m’a dit : « C’est une chance d’avoir des handicapés dans une classe, car ça ouvre l’esprit des autres. » Je pense à toutes ses maîtresses, au fil des ans, qui se sont adaptées à lui – qui ne peut s’adapter à personne. Merci, merci infiniment. 

Et quand je pense à elles toutes, j’envisage tous ces PE de France et d’ailleurs qui agissent, minute après minute, pour que les enfants souffrant de handicap de sentent bien dans leur école ; pour que leurs parents aient confiance malgré tout dans ce système qui fabrique des inégalités en continuant à prétendre le contraire ; et pour que cela soit vrai pour tous, et pas seulement pour des enfants comme le mien. Ils sont nombreux. Très nombreux. Merci à vous.

J’ai une pensée particulière pour tous les enseignants « Freinet », ceux qui refusent de juger, de classer, d’exclure ; ceux qui font vivre au quotidien la tolérance, la médiation, la coopération, la démocratie ; et qui souvent s’interrogent, voire doutent de leurs choix. Ad augusta per angusta.

Bref, aux PE, avec tout mon amour.

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Un bébé et une réforme plus tard…

J’avais commencé ce blog pleine de bonnes intentions, animée par mon envie de partager les outils que j’ai mis au point. Avec deux enfants et un travail à plein temps, j’avais déjà un peu de mal à m’y atteler. En fille bien organisée, j’ai établi un calendrier des billets que je voulais publier ; en maman débordée, je ne l’ai évidemment pas respecté.

Pire, j’ai commis un autre bébé… Oh, bien sûr, je m’étais dit qu’une fois en congé maternité, j’aurais bien le temps de poursuivre ce blog, et même de rattraper mon retard ; j’avais oublié que le congé prénatal est consacré à survivre à la fatigue et le postnatal à… survivre à la fatigue également.

Bref, tout ceci pour dire que j’ai fait une longue pause et que j’ai encore moins de temps qu’avant, mais que je ne renonce pas pour autant. Les billets seront sans doute un peu plus courts, un peu plus confus : le temps m’est compté, et c’est ma ressource la plus précieuse.

D’autant plus que la réforme du collège est passée par là. Dans mon cas, elle se solde par une perte sèche de 3h30 de latin, et une interrogation plus que largement partagée : que peut-on espérer apprendre d’une langue et d’une civilisation quand on ne la croise qu’une heure par semaine ? Plus que jamais, je crois aux vertus de la liberté dans l’apprentissage. Mais je dois revoir toute l’organisation. Ainsi, ce blog, que je voulais un lieu de partage, va devenir un lieu de réflexion. Pas plus mal ?