Quand apprendre le vocabulaire ?

Dans l’apprentissage du vocabulaire, la question « quand ? » peut paraître tout à fait accessoire. Ou pas…

J’ai expliqué ici pourquoi je pense que l’apprentissage du vocabulaire est une activité essentielle du cours de latin. Certes, mais comment faire ? me direz-vous ; avant de répondre au « comment », je voudrais d’abord poser la question du « quand ».

Quand apprend-on le vocabulaire ? Jamais, si l’on doit suivre les instructions officielles ! Celles-ci préconisent, en effet les actions suivantes :

  • ne pas apprendre de vocabulaire décontextualisé ;
  • apprendre le vocabulaire en aval des textes ;
  • pour lire ledit texte, utiliser une méthode hypothético-déductive.

Arrêtons-nous un instant pour décrypter ce jargon.

Apprendre à… échouer

Par « vocabulaire décontextualisé », on entend « liste de mots ». Il est vrai qu’apprendre une liste, même thématique, n’est efficace que pour très peu d’élèves. Et pourtant, on les trouve dans absolument tous les manuels !

Apprendre « en aval » signifie que l’on choisit le vocabulaire à apprendre dans un texte qui a été compris au préalable ; il reste alors « en contexte », et c’est vrai qu’il a plus de chances d’être retenu. A deux conditions : d’une part, le texte doit être court (voire très court) ; d’autre part, le texte doit être compris. Or ces deux conditions sont rarement réunies quand on utilise la méthode hypothético-déductive.

De quoi s’agit-il ? D’une torsion des idées de Mireille Ko. A l’origine, Mireille Ko a mis au point une méthode d’enseignement des langues anciennes qui s’appuie sur la fréquentation directe et intensive des textes antiques. Elle fondait cette pratique sur une progression rigoureuse de la difficulté et sur une immense confiance en l’intelligence et l’intuition de nos élèves. Que reste-t-il aujourd’hui de ses travaux ? Un mantra : « texte authentique » ; et une activité délirante, présente dans tous les manuels et toujours à la mode dans les instructions officielles : la « compréhension sans traduction ».

Explication : vous prenez un texte, par exemple l’Enéide, parce que c’est une oeuvre à connaître ; l’important, c’est que l’extrait ait une unité de sens, donc il fait au moins une dizaine de vers. Mais vos 5e, qui font du latin depuis 5 heures, sont incapables de comprendre ne serait-ce que la première ligne ! Pas grave : il y a la traduction à côté. Oui mais alors, ils ne regardent pas le latin… donc on va les y forcer, grâce à un jeu de questions qui vise à repérer des mots précis dans le texte ancien. Et le tour est joué : ils n’ont rien traduit, mais ils ont compris (paraît-il) le texte. Il ne reste plus qu’à sélectionner quelques mots de « vocabulaire essentiel » et à demander aux élèves… d’apprendre la liste !

Le résultat de cette méthode désastreuse, répétée ad nauseam tout au long du collège, c’est la démotivation totale des élèves pour les langues anciennes, puisque la seule chose qu’ils apprennent… c’est que le texte est trop dur pour être lu.

Le plaisir de la reconnaissance

Alors quand apprendre le vocabulaire ? Pour ma part, je pratique l’exact inverse de ce qui est préconisé :

  1. Je donne une liste de quatre à dix mots à apprendre ;
  2. Je la donne avant de lire le texte ;
  3. J’utilise des textes très courts, pas toujours authentiques ;
  4. Le texte est analysé rigoureusement et traduit.

Ainsi mes élèves savent pourquoi ils apprennent ces mots (comprendre le texte à venir) ; ils voient le même vocabulaire plusieurs fois (en liste, puis en contexte), ce qui en favorise la mémorisation ; ils manifestent une joie réelle quand ils reconnaissent le mot dans le texte (ah ! l’inégalable plaisir de savoir) ; et il peuvent de concentrer sur les mécanismes de la langue. Ils ont toujours l’air surpris quand je leur dis que le latin est difficile…

Et parce que l’art de mémoriser est une chose inconnue d’une large partie de mes élèves, je consacre des séances entières, en début d’année, à cette seule activité ; je détaillerai ces séances dans le prochain billet: « Comment apprendre le vocabulaire? »

***

Alors finalement, quand apprendre le vocabulaire ?

  • avant de découvrir un nouveau texte ;
  • au cours de séances spécifiques, au début de chaque année (afin de réactiver la méthode) ;
  • en classe, en autonomie, lorsqu’on maîtrise la méthode ;
  • à la maison, en autonomie, lorsqu’on maîtrise la méthode et qu’on n’a pas réussi à travailler en classe (après tout, nous sommes humains !).

Et pour le fixer dans la mémoire à long terme, on révise tous les jours, en classe et à la maison.

 

 

 

 

Publicités

Une réflexion sur “Quand apprendre le vocabulaire ?

  1. A. Orosco dit :

    Je te lis avec bonheur, Marjo. Parce que c’est vivant, que c’est bien écrit, que c’est intellectuellement et pédagogiquement parfaitement légitime.
    Pendant ce temps, mes douze terminales planchent sur deux extraits (connus, et re-connus) de Lucrèce et Juvénal.^^
    Tibi-se.
    A.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s